A
CET EGARD
« LA RENCONTRE A BESOIN D’UN PEU DE TEMPS POUR QUE LA
MEMOIRE NOUS CHOISISSE…
Il s'agit d'autre chose... Jamais délimitée... Une sorte
d'incomplicité entre deux êtres... Il y a des similitudes...
On dit que je côtoie le désastre... Le désespoir
que je provoque qui est sur mon visage... Et tout d'un coup une brèche
s'ouvre sur une très grande lumière... Une lumière
pure... Blanche... Immaculée.
CES LIEUX DE THEATRE
s'établiraient sur une fréquence... Il faudrait lier
les signes... On pourrait dire qu'il n'y a rien à voir, c'est
le mouvement même du voir qui se laisse apercevoir, obliger
de traverser le voir... A percer...voir... Dans le flux de la lumière.
Voyager entre cette espèce de pacte... Entre le monde, la conscience,
en même temps, sa fatalité, en même temps cette
étrange liberté... Ce qui nous laisserait une possibilité
de sens que de faire à chaque fois l'expérience d'une
lecture... À travers les signes de ce que nous saurions...
Inquiéter une autre texture... Autrement... Autrement percevoir...
EN MEME TEMPS LE THEATRE RECLAME ...
"L'épuisement des sols, parce que la quête de ce
site... Phréatique... Temps... Sens... Mémoire... Flux...
Quand il y a épuisement des sols... Dessèchement des
nappes... Il ne reste plus qu'une surface où il ne reste que
le langage... Circulant hors de lui-même et ainsi de suite,
cette persévérance desséchée dans son
état du corps, et ainsi l'état de sa mort... Recréer
des conditions phréatiques, du mouvement, je ne sais pas ce
qu'on en ferait ni ce que cela désigne... Phréatique
dit aussi filtre, destination, dit que toute matière est filtrée,
air, terre, eau, feu, disjoints, assemblés, l'accolement provisoire,
une fracture, une fissure... Et dans la fissure, il y a quelque chose
qui fraye... Et puis une dérive qui se métamorphose...
Une particule de ce corps-là...
Et il y a du vide entre l'intuition, par quel chemin, se préparer
de l'intérieur... Surpris d'être encore là".
ET C’EST CE QUE JE TENTE
Qu’importe la mort de l’homme pourvu que la forêt
vive, on perd forcément de son individualisme pour la vie de
la forêt….
Qui serait peut-être l’esprit et le temps, pour que ce
certain temps de la forêt devienne l’espoir de l’homme
et son essence, aussi l’esprit communautaire de la forêt
pas simplement des hommes mais des arbres. En fait les arbres n’ont
pas d’yeux pour nous regarder, mais cela nous regarde autrement,
dans un autre temps.
"JE FAIS TREMBLER LES ACTEURS"
"J'aime bien quand le premier pas sur scène crée
le risque, le danger, le tremblement? Je voulais qu'on sente les mains
des hommes derrière ces murs, que les murs soient une sorte
de sensibilité humaine. Les machinistes étaient comme
des acteurs de l'ombre. Je crois que la représentation est
d'autant plus difficile à voir, parce que l'on vit dans une
société très étonnante, c'est évident
que notre société ne fait que prôner une fausse
santé humaine, cette sorte de gravité grimaçante
qui m'horrifie. Et que la maladie ne serait pas quelque chose de riche,
mais le privilège même de l'homme.
ET JE DISAIS
Jeter la tête par la fenêtre au public que les gens viennent.
Au secours. Jeter la tête par la fenêtre, tentons de se
réconcilier avec nous-mêmes, tentons de se réconcilier
avec notre nature, avec la nature plutôt que de vivre dans un
monde décapité.
Je déteste la bonté, la bonté de notre monde
m’effraie parce que c’est un fascisme mental
Rien de vivant ne procède de la bonté.
COMME DIT GENET" LA VIOLENCE EST UNE AUDACE EN REPOS AMOUREUSE
DES PERILS"
"POUR DESARTICULER UN CORPS D'ACTEUR"
Traverser par des ondes... "Si la représentation ne fait
que reconduire les images que l'on voit, étrangement c'est
comme si elle se séparait de sa responsabilité à
être corps, mouvement, langage, chair"... "Hors de
l'illusion d'une vérité du langage... Hors de l'illusion
du tremblement... Je ne fais pas l'impasse sur la compréhension"...
Il y a des voyages qui font douter des mots, des affects... Des affections...
À chaque fois je me plonge dans les trous ... Sur l'existence
d'un jeu de pistes... Traverser... Lier les pancartes... Traverser
ce symptôme d'être vivant... Faire tomber l'aporie de
nos illusions... Afin que se présente une autre conscience...
Quelles confusions... Cette persévérance à revenir
à l'acte d'écrire sans objet, sans finalité...
Sans disparition, de ce qui menace sans cesse cette persévérance...
On dit veilleur... Cet état d'où et où l’on
revient, sans retour, y retournant sans cesse.
ILS SERAIENT DANS CETTE VIOLENCE-LA
Ce qui les ferait trembler et par cette confusion des contours du
corps, on peut peut-être voir un autre corps jaillir qui serait
peut-être le vrai corps de l'acteur. Vers une sorte de peur
blanche immaculée, une peur qui n'a pas de nom, une peur qui
n'est pas polluée, pour essayer de retrouver la virginité
de la peur.
C’est l’endroit même de toutes les complexités,
c’est comme dans certaines églises, il y a un endroit
intenable, ou toutes les lignes de force se rejoignent, c’est
un endroit intenable, c’est un endroit sacrificiel, c’est
une chute comme l’ange déchu, on devient boiteux comme
le diable l’est.
C’est évident que je tente un théâtre de
la métamorphose continuelle. Pas seulement des acteurs de la
scénographie des lieux de tout
Ou tout est rempli de sens et de métamorphose sous nos yeux
Ou le théâtre serait le chant des possibles de tout les
possibles …
LE SILENCE EST AUSSI IMPORTANT
LA VIOLENCE qui peut exister sur la rencontre est une violence de
travail, c’est quelque chose qui peut réveiller être
lumineux, elle propulse… L’être… On devient
une espèce de labyrinthe, on ouvre une porte, on ne sait pas
ce qu'il y aura derrière la porte, et puis on en ouvre une
autre... On n'est pas esclave d'un texte... Le silence est aussi important...
Il y a un silence même à l'intérieur de la parole,
il y a un silence à l'intérieur d'un geste... Et tout
d'un coup, on entre dans un espace qui bouge. Cela fait appel à
une mémoire très ancienne qui resurgit... Il y a longtemps,
j'ai pris une photo de moi quand j'avais cinq ans... Mon visage était
en modification... Je peux changer... J'ouvre une porte, je suis cette
personne que l'on voit peu... Qui est en attente... Hors plateau...
Entre le noir et la lumière, il y a cette présence très
fugitive... C'est le même espace...
LA SEULE CHOSE QUI APPARTIENT A L'HOMME C'EST LE VOYAGE...
Forcément l'homme serait un nomade... Un nomade visiteur...
Le voyage implique une métamorphose continuelle... Des paysages...
Tout passe... Le reste du voyage qui suit n'existe pas... Tout est
faux, les choses n'existent qu'au moment où on les voit...
Le voyage est inscrit sur cela... Tous ces paysages seraient une création
continue... au moment même... ce n'est pas innocent de parler
de cette caresse infinie et en même temps... De parler du voyage
qui lui appartient... Dans ce voyage... L'humain se défait...
Continuellement... Le vent... Le voyage est une caresse incessante
du corps... Qui efface... Qui ne s'arrête pas d'effacer... Cela
vous apporte cette caresse... Le dessein d'un vieillissement...
LE RESSAISISSEMENT, C'EST LA VIE.
Il faut recommencer à voir, à regarder, à toucher,
à sentir, les murs, le trottoir, les gens, à écouter
la langue de l'endroit. Quelquefois il faut vraiment s'efforcer, marcher
dans la rue, il faut se dire non, regarde, touche, voit, sent, écoute,
touche pour recommencer à être ailleurs qu'en nous-même...
C'est évident que je tente un théâtre de la métamorphose
… Comme un théâtre où le théâtre
serait le chant des possibles de tous les possibles...
Extrait de l'interview réalisé Le 9 Juillet 1991 avec
Marc François Sur la création des " MUTILES"
suivi de « CHUTES » mise en scène de CLAUDE REGY
Par Camille Rochwerg